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Shinzo Kimura

Shinzo versus Shinzo

lundi 13 janvier 2014, par Roger NYMO

Paris le 6 janvier 2014, Le professeur Shinzo Kimura spécialiste en radioprotection du laboratoire d’épidémiologie de l’université médicale de Dokkyo au Japon, donnait une conférence organisée par « EchoEchanges ONG France-Japon » et intitulée :

« Dernière nouvelles de Fukushima selon KIMURA Shinzo »

J’ai voulu prendre mon temps, et disposer pour seules notes de mes photographies et de mes impressions pour rédiger cet article.

Ce premier lundi de l’année 2014, en fin de journée, j’ai mis très peu de temps, en transports en commun, pour me rendre, depuis ma banlieue nord, jusqu’à la Fondation Charles Léopold Mayer, 38, rue Saint-Sabin, dans le onzième arrondissement de Paris, où avait lieu, à partir de 18h30, la conférence du professeur Shinzo Kimura.

Arrivé en avance, j’ai eu le loisir de pouvoir observer la salle qui se remplissait progressivement.

Des représentant de la presse scientifique française étaient présents.

Monsieur Shinzo Kimura et sa traductrice étaient à ma gauche, j’ai tout de suite ressenti la courageuse détermination et l’intelligence qui animait cet homme, avant qu’il ait prononcé un seul mot.

Chacun terminait de se préparer à récolter les informations à venir.

A 18h30, le journaliste Kolin Kobayashi nous a présenté le professeur Shinzo Kimura en nous rappelant utilement qu’il avait démissionné courageusement en mars 2011 de son poste de chercheur à l’Institut national de recherche sur la sécurité et la santé au travail (JNIOSH) pour réaliser, sur place, la première cartographie de la contamination de Fukushima.

Il a ensuite laissé rapidement la parole au professeur Shinzo Kimura, car nous ne disposions malheureusement de la salle que jusqu’à 20h30.

Shinzo Kimura nous a parlé des points communs et des différences entre les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima.

Les mensonges et les omissions concernant la gravité et le déroulement des catastrophes nucléaires ainsi que leurs conséquences sont des points communs indéniables.

Ensuite il nous a fait part des différences essentielles entre la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et celles de Fukushima.

A Tchernobyl la majorité du contenu des réacteurs est parti par le haut, à très haute altitude, on a retrouvé des traces de plutonium autour de Paris.

A Fukushima les explosions ont dispersé moins de radionucléides de manière aérienne, les sols sont donc moins contaminés qu’à Tchernobyl. Par contre la situation géographique des réacteurs et la nature des explosions font que la pollution nucléaire est avant tout aquifère.

L’eau de mer et les eaux souterraines augmentent journellement d’environ 400 mètres cubes supplémentaires, le volume des eaux hautement contaminées.

Dans cette eau contaminée on a détecté le terrible émetteur Bêta, le strontium 90, à des doses de plusieurs dizaines de millions de becquerels par litre !

Le stockage sûr de toute cette eau radioactive est matériellement impossible, les sorties des égouts nord et sud de la centrale de Fukushima Daïchi doivent donc être surveillées et faire l’objet de mesures.

A cette fin, nous avons mis au point une sonde de mesure de la radioactivité de l’eau et de prélèvement de sédiments.

Sur la photographie ci-dessus nous la mettons en œuvre devant la sortie du port de Fukushima, dans lequel nous n’avons pas l’autorisation d’entrer.

L’actuel premier ministre japonais, Shinzo ABE, a eu le criminel culot de prétendre, en présentant la candidature du Japon à l’organisation des Jeux Olympique de 2020, que les fuites d’eaux radioactives à Fukushima était « complétement stabilisées », le problème de l’eau contaminée « était complétement maîtrisé », et la « situation sous contrôle ».

Le professeur Shinzo Kimura a esquissé un sourire fataliste et condescendant à l’égard de l’officielle et scandaleuse position internationale de son pays.

Il a effectué des mesures et des prélèvements de sédiments du 16 au 24 septembre 2013, au niveau de l’évacuation des eaux usées du côté nord, de la sortie du port, et de l’évacuation des égouts côté sud de la centrale nucléaire de Fukushima.

Sur une prise de vue aérienne, le professeur Shinzo Kimura nous fait part des résultats des mesures et des prélèvements effectués à ces trois points.

La plus forte concentration de radionucléides se trouve dans les sédiments, et plus particulièrement dans ceux prélevés à la sortie du port.

La spectrométrie met en évidence que le césium 137 est malheureusement le radionucléide (soluble) le plus abondant dans les prélèvements de sédiments.

Sur le tableau ci-dessus sont indiquées les résultats des mesures.

Les légendes 1, 2, et 3 correspondent respectivement à la sortie des eaux usées côté nord, à l’entrée du port, et à la sortie des égouts côté sud.Les résultats des mesures sont exprimés en becquerel (une désintégration par seconde) par kilogramme (mil grammes).

Les radionucléides retrouvés sont les césiums 134 et 137 (Cs), le strontium 90 (Sr), les plutoniums 238, 239 et 240 (Pu), ainsi que tritium (3H).

Après en avoir terminé avec le triste bilan de la terrible situation radiologique de Fukushima, le professeur Shinzo Kimura nous parlé de la contamination d’une région d’Ukraine qu’il connait particulièrement bien et depuis de nombreuses années : La commune de Naroditchi dans le département de Jytomyr.

Le département de Jytomyr se trouve à une cinquantaine de kilomètres de Tchernobyl.

Les légendes en couleurs de la carte ci-dessus représentent des mesures exprimées en kilobecquerel par mètre carré.

La ville située à 70 kilomètres de Tchernobyl ne faisait pas partie de la zone administrative d’exclusion.

L’évacuation de la population de Naroditchi, environ 30 000 habitants, a été effective trois années après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, il a fallu attendre de connaitre l’ampleur des fortes retombées radioactives sur celle-ci, pour que les députés de la région la décrète enfin.

Des chercheurs américains ont diagnostiqué un cancer thyroïdien sur une mère de famille sans pour autant conseiller une opération immédiate !

le professeur Shinzo Kimura a insisté pour que cette femme en charge de famille, qui souffrait physiquement et psychologiquement, accepte enfin de se faire opérer au plus vite.

Les populations ne sont pas des cobayes, nous sommes là pour leur venir en aide pas uniquement pour faire de la science.

Voici l’hôpital de Naroditchi, après l’effondrement de l’URSS la population de la ville a été littéralement abandonnée sur place et contrainte de trouver ses ressources alimentaires dans l’environnement fortement contaminé qui est le leur.

L’exposition interne des populations est directement liée à l’alimentation et à la vie quotidienne.

L’image ci-dessus se passe malheureusement de tout commentaire.

Il n’est malheureusement pas rare dans la région Ukrainienne de Jytomyr , lors de mesures anthropogammamètriques, de trouver des personnes très sérieusement contaminées, notamment au césium 137, qui est soluble, et que l’on retrouve dans toute la chaine alimentaire.

Cet homme culmine à 50 168 becquerels !

Des personnes adultes menant des existences normales sont malheureusement mesurées couramment à plus de 20 000 becquerels !

Le professeur Shinzo Kimura constate que cette contamination interne forte de la population Ukrainienne est liée à la spécificité technique de la catastrophe de Tchernobyl et à la réalité historique et sociale du pays.

Pour des raisons de planning un court échange s’engage entre le professeur Shinzo Kimura et la salle.

En réponse à une question le professeur Shinzo Kimura précise que les carottes de sédiments prélevées à Fukushima sont mesurées puis classées et conservées.

Les pathologies radio induites ne se déclarent pas immédiatement, seules les atteintes à la glande thyroïde font actuellement l’objet d’études officielles et de publications.

Madame Yûki Takahata de l’association franco-japonaise Yosomono-net est intervenu fort à propos au sujet des terribles conséquences sanitaires et sociales des catastrophes nucléaires de Fukushima.

Ces deux heures sont passées beaucoup trop vite au goût de toutes et tous.

Espérons que grâce à EchoEchanges et au journaliste Kolin Kobayashi, nous aurons de nouveau l’occasion d’entendre prochainement le professeur Shinzo Kimura au sujet des inéluctables et terribles développements des catastrophes nucléaires perpétuelles de Tchernobyl et de Fukushima.

Amitiés Solidaires & AntiNUcléaires.

Roger NYMO pour le Réseau Zéro Nucléaire (RZN)

Voir en ligne : EchoEchanges

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