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Tombés pour la Terre

Devoir de mémoire

mercredi 5 novembre 2014, par IDLE NO MORE France, Le CA du Réseau Zéro Nucléaire, Roger NYMO

L’Amazonie est la terre de toutes les convoitises.

Les transnationales y tuent quotidiennement.

A l’appel de Planète Amazone et avec la participation de IDLE NO MORE France, retrouvons-nous le vendredi 7 novembre prochain, à la Grande Arche de la Défense, pour un hommage à Adenilson Kirixi Munduruku, opposant au complexe de barrages Tapajos et Teles Pires au cœur du bassin amazonien, atrocement assassiné le 7 novembre 2012.

Nous reprenons intégralement l’excellent article de brasildefato.com.br traduit par Stéphan Bry pour le site Raoni.com :

STOP TAPAJÓS - Pourquoi la police fédérale a-t-elle tué Adenilson Munduruku ?

Source : Brasil de fato


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Valdenir Munduruku, l’un des chefs de file de la résistance aux grands barrages amazoniens, brandit une photo de la dépouille d’Adenilson Munduruku, exécuté par la police militaire le 7 novembre 2012 au Brésil.

Un témoignage du journaliste indépendant Ruy Sposati, connu pour son travail sur le barrage de Belo Monte.

On voyait les dragues et les barges en feu alors que l’on survolait le Teles Pires. Une bombe est passée à côté de l’avion, sur sa droite. Dans le champ de vision de V.M., il n’y avait pas d’indigènes.

Le bimoteur descend - la piste d’atterrissage n’a pas été détruite. Il y avait des traces de sang sur le sol, des marques de balles sur les toits et les murs. Éparpillées au long du chemin, des douilles de cartouches, de munitions et des restes de bombes. Toutes les maisons avaient leurs portes défoncées.

Alors, la communauté commence à sortir pour aller à la rencontre de V. Ils étaient tous cachés dans les maisons, effrayés par l’arrivée de l’avion. Ils se réunissent sous le hangar et expliquent de quoi ils ont peur.

V. écoute alors les récits au sujet de personnes touchées par des tirs, blessées, brûlées, encore sous les effets des gaz de poivre. Une mère pleure désespérément : sa fille de cinq ans a disparu. Elle pense qu’elle peut être morte car elle s’était perdue dans la forêt. Il y a une femme avec le visage enflé par la frappe qu’un policier lui a donnée. Les professeurs non-indiens qui travaillent dans la communauté ont eux aussi été agressés. Toutes les embarcations ont été détruites et ont coulé. Les bateaux de pêche ont été endommagés ou détruits. Les armes de chasse cassées ou emportées par la police.

De l’argent et de l’or a été volé. Des ordinateurs - parmi lesquels ceux du service de santé et des écoles - ont été endommagés. L’école a été touchée par des tirs et des bombes sur les murs et le toit. Des téléphones portables et des caméras ont été pris, réduits en miettes, jetés dans la rivière ou leur puces ont été retirées. Les moteurs de poupe des bateaux du service de santé ont été jetés dans la rivière. les fils du téléphone communautaire ont été coupés et la radio du village confisquée pour empêcher tout contact avec les indigènes des autres villages. La voiture du village a été carbonisée.


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Adenilson Kirixi Munduruku, qui a reçu trois balles dans la jambe et a été achevé d’une balle dans la tête - photo : archives personnelles de l’auteur.

Ce même jour, une commission spéciale du pouvoir législatif était sur les lieux pour enquêter sur des dénonciations qui étaient parvenues en ville. Dans le rapport de sa visite, le président de la chambre municipale de Jacareacanga, Elias Freire (PSDB), a affirmé qu’il y avait « des indices de plusieurs crimes pratiqués par la force policière, entre autres l’exposition de personnes vulnérables, ce qui contrarie les dispositions légales du Statut de l’Enfant et de l’Adolescent ». Le conseiller municipal Raimundo Santiago (PT), Raimundinho do PT, s’est dit « choqué par la violence pratiquée contre les indigènes » et que « les images qu’il a vues prouvent largement qu’il y a eu un crime contre la population du village Teles Pires ».

Quelques minutes avant que les indigènes ne racontent à V. ce qui s’était produit, un Munduruku a été trouvé flottant sur la rivière Teles Pires. C’était le corps de Adenilson Kirixi Munduruku. Il avait été assassiné le jour précédent, le 7 novembre, pendant l’action policière.

Le 7 novembre

Le matin de ce jour, 400 bottes ont débarqué de trois hélicoptères camouflés et d’embarcations rapides louées à des riverains, et se sont éparpillées stratégiquement dans le territoire indigène.

C’était la police fédérale et la force nationale de sécurité, accompagnées de la Fondation Nationale de l’Indien (Funai) et de l’Institut de l’Environnement (Ibama), pour exécuter l’opération Eldorado, une énorme action de démantèlement d’orpaillage illégal dans les états de Mato Grosso, Pará, Rondônia, Amazonas, São Paulo, Rio de Janeiro et Rio Grande do Sul. Ils sont arrivés 244 ans après que José Monteiro Noronha ait noté dans son carnet pour la première fois, en 1768, la présence des premiers Munduruku - qu’il appelait « Maturucu » - sur les berges de la rivière Maués, dans l’actuel état de Amazonas.

Les indigènes ont remis à la commission une liste des biens détruits par la police. Quelques minutes avant que les indigènes ne racontent à V. ce qui s’était produit, un Munduruku avait été trouvé sur la rivière Teles Pires : le corps enflé de Adenilson Kirixi Munduruku. Il avait été assassiné le jour précédent, le 7 novembre, pendant l’action policière. Au matin de cette journée, 200 soldats ont débarqué de trois hélicoptères camouflés et d’embarcations rapides louées à des riverains, pour investir stratégiquement le territoire indigène.

Après l’atterrissage, E.M. et un groupe de leaders indigènes sont partis à la recherche des représentants de la Funai et du chef de l’opération pour discuter. Ils n’ont trouvé que le commissaire de la police fédérale, Antônio Carlos Moriel Sanches, qui, selon les leaders, était responsable de l’intervention. « Le commissaire nous a dit qu’il n’avait pas à discuter avec les leaders ni avec les indigènes, il a fait ce qu’il y avait à faire » raconte E.M. « Un leader indigène a téléphoné à Brasilia, et ils lui ont dit de prévenir le commissaire de ne rien faire jusqu’à ce que quelqu’un de Brasilia se rende sur place. »

« À ce moment, il n’y avait que la police fédérale. Les gens de la Funai et de l’Ibama étaient avec les policiers, ils survolaient à bord de deux hélicoptères et les policiers étaient dans des lieux stratégiques pour envahir le village » explique E.M.

Selon les rapports, trois tirs ont atteint les jambes de la victime Adenilson Kirixi, qui a perdu l’équilibre et est tombé dans l’eau sans réussir à se relever. « Alors le commissaire lui a tiré une balle dans la tête et il est tombé mort et s’est enfoncé dans l’eau ». Selon les indigènes, les policiers sont venus à la rescousse du commissaire et l’ont emmené sur une drague. « Alors les policiers ont lancé une bombe sur Adenilson tandis que son corps s’enfonçait dans l’eau. »

Quand les indigènes ont essayé de récupérer le corps de leur parent, ils ont été la cible des policiers qui étaient sur la terre ferme. « Ils disaient que nous ne devions pas prendre le corps. De l’hélicoptère, la police tirait et lançait des bombes pour effrayer le village, au milieu de tout le monde, des femmes et des enfants ».

La police n’a pas souhaité se manifester au sujet de ces accusations. Selon l’attaché de communication, la police fédérale et la Funai se manifesteront peut être conjointement sur le cas dans les jours prochains.



Mon frère

G.K. était le frère de Adenilson. « Quand j’ai entendu les tirs, j’ai couru vers le bord de la rivière. Ils disaient que mon frère était mort. Je voulais savoir si c’était vrai. Les policiers ont lancé des bombes au gaz de poivre. Ça m’a brûlé les yeux et je me suis retrouvé perdu. » L’indigène raconte qu’un troisième hélicoptère serait arrivé à ce moment là avec encore plus de policiers. C’est alors qu’il a couru pour se cacher dans la forêt. Trois heures plus tard, G.K. est revenu au village et a insisté pour avoir des informations sur la mort de son frère.

« Les policiers me disaient que personne n’était mort, que les blessés étaient à l’hôpital. Mon frère n’y était pas. » Le Munduruku a alors rencontré le fonctionnaire de la Funai identifié comme Paulão qui accompagnait l’opération. Lui aussi a nié qu’il y aurait eu un mort.

Selon tout ce qui a été dit, Paulão aurait été le fonctionnaire de la Funai responsable de l’accompagnement de l’opération.

Le rapport d’autopsie réalisée par la police civile de l’état du Mato grosso a confirmé que Adenilson Kirixi avait reçu trois balles dans les jambes et une dans la tête. Aucune information ne confirme s’il y a eu préhension et expertise de l’arme - ou des armes - à l’origine des tirs.

Une partie des indigènes ont fui dans la forêt, une autre s’est réfugiée dans les maisons en pensant qu’ils y seraient en sécurité. Dans leur fuite, deux indigènes ont été grièvement blessés par les policiers. E.M. et O.K. sont hospitalisés à Cuiaba. D’autres ont aussi été emmenés à l’hôpital. Le peloton a envahi le village en défonçant portes et fenêtres, en lançant des bombes à l’intérieur des domiciles. « Ils ont emporté tout ce qui se trouvait dans les maisons. »

« Ils ont donné des coups de pieds à mon père »

« J’ai vu qu’ils tiraient et je suis sorti en courant pour demander du secours par radio et sur internet. Ceux qui m’écoutaient par la radio ont entendu les tirs » raconte I.W. « Mon père est arrivé où j’étais, il était blessé. Il avait été touché par une balle de caoutchouc. On est sorti et on a crié pour qu’ils arrêtent de tirer, mais ils ont continué » raconte I.W. « Ils courraient derrière nous et tiraient. Ils ont tiré sur la femme de mon frère qui était enceinte de 8 mois. Ils utilisaient des balles de caoutchouc mais aussi des vraies balles. »

« Alors nous sommes retournés à la maison, avec une dizaine d’autres personnes. La police a défoncé la porte et est entrée en lançant du gaz lacrymogène. Il y avait une femme avec un bébé de deux mois à l’intérieur. » Selon I.W., les policiers ont demandé à tout le monde de sortir et de mettre les mains sur la tête. « Ils ont donné des coups de pieds à mon père et ont agressé tous les hommes qui se trouvaient là. »

Selon I.W., ils ont ordonné aux hommes - même aux plus âgés - de s’allonger par terre avec les mains sur la tête alors qu’ils ont gardé en otage les femmes et les enfants, dans un lieu séparé sur la place, avec les armes pointées sur eux. « Les femmes et les enfants sont restés toute la journée sous le soleil avec les policiers armés les surveillant. On a demandé de la nourriture, mais ils n’ont rien donné. Ils ne nous laissaient pas parler notre langue, nous ne pouvions que parler en portugais. »

« Ils ont envahi le dispensaire de santé, ont jeté du gaz et ont pointé une arme sur la tête de l’infirmière. Ils ont jeté par terre les médicaments et les ont détruits. Ils ont aussi tiré sur l’école, ont jeté des bombes et ont détruit les tuiles » raconte I.W. en pleurant.

Les blessés ont été emmenés en hélicoptère vers l’hôpital régional de Alta Floresta, dans un état grave. Selon les leaders indigènes, ils sont toujours internés. Les agents de la police fédérale ont reçu des sons sur les lieux.

E.M. raconte les arrestations postérieures à l’attaque. « Ils ont emmené 17 personnes à la fazenda Brascan où se trouvait une base de la police. » Ils ont ensuite été envoyés à Sinop pour faire leur déposition à la police. Ils auraient été accompagnés par un procureur de la Funai de Cuiaba dont ils ne savent pas le nom. Ensuite, ils ont été ramenés au village par la police.

Ce n’est qu’à la fin de l’opération, toujours le 7 novembre, que les dragues et les barges ont été détruites. Selon les indigènes, chacune des onze embarcations détruites dans le lit de la rivière contenait de 30 à 40 mille litres de combustible, ainsi que des batteries. Ils racontent que les poissons meurent et que la rivière est maintenant contaminée.

Selon les indigènes, la police est restées aux alentours pendant trois jours.

Les professeurs et les professionnels de la santé non-indigènes ne veulent plus revenir au village. Les élèves ne veulent plus aller en cours. La communauté a environ 500 personnes, en incluant les Kayabi et les Apiaká qui dépendent eux aussi des infra-structures de Teles Pires.



Blitzkrieg bop

Le 6, W.U. raconte que les indigènes Kayabi ont averti par radio que des hélicoptères survolaient leurs terres. « Nous pensions qu’ils venaient pour une réunion avec nous » explique-t-il. Mais, selon W.U., ils étaient en train de préparer les bases de l’opération Eldorado. La première a été construite dans la fazenda Brascan, dans la vallée du Ximari à Apiacás (Mato Grosso), à dix kilomètres de la communauté Kayabi.

La deuxième base de l’opération a été montée à un kilomètre du village, à l’igarapé Buretama. C’est à cet endroit, « où il n’y a qu’un seul habitant », qu’un groupe de guerriers Munduruku est allé à la rencontre des policiers pour savoir ce qu’il se passait.

Quand les indigènes ont rencontré les policiers, ils étaient en train d’évacuer l’une des barges qui serait ensuite détruite. « Nous avons demandé ce qu’ils allaient faire. Ils ont dit qu’ils n’avaient rien à dire, qu’ils étaient venus pour empêcher l’orpaillage et détruire les dragues, qu’ils avaient un mandat judiciaire pour faire ça. »

Les indigènes ont demandé à voir le mandat qui autorisait l’opération et ont insisté sur la nécessité d’une réunion entre la police et les leaders indigènes. « Nous avons expliqué que ce site d’orpaillage était notre subsistance et qu’ils ne pouvaient pas l’interdire de cette façon. Nous avons présenté le document prouvant l’accord de la Funai au sujet de cet orpaillage. Alors a commencé une dispute. Un policier a brisé une flèche et a bousculé le cacique d’un village voisin. Ils nous ont dit de prendre ce que nous voulions de la drague parce qu’elle serait explosée, et c’est ce qu’ils ont fait. »

Selon U.W., les indigènes sont retournés au village pour rapporter au cacique et aux autres leaders que la police était dans la région et avait détruit l’une des embarcations. Les policiers ont suspendu l’opération, ils ne reviendront que le lendemain.

U.W. a été atteint par des explosifs et a des marques de brûlures sur le corps.

Selon tous les témoignages, la force nationale de sécurité n’est pas impliquées dans la violence de l’opération. La police fédérale au Mato Grosso a décidé de suspendre temporairement l’opération. Les ministères publics fédéraux du Mato Grosso et du Pará ont ouvert une enquête sur le cas.

Des traces de sang

La vie suivait bien son cours pour les Munduruku, depuis que Karosakaybu les avait créé, ici dans le village de Wakopadi, dans la région des sources de la rivière Krepori. Et alors les pariwat sont arrivés ; pour nous, c’était le XVIII ème siècle, avec leurs front de colonisation. Les choses ne sont jamais les mêmes et là, elle ne furent plus jamais les mêmes pour les Munduruku.

Les Munduruku aujourd’hui sont un peu plus de 11 mille personnes, réparties dans des zone indigènes qu’ils revendiquent, démarquées ou homologuées. La situation géographique difficile et l’isolement partiel des communautés - dans un contexte de pression et de spoliation pour l’exploitation exogène de leurs terres et richesses - les ont placés, tout au long de l’histoire, dans une situation complexe de conflit avec la société qui les entoure.

Un exemple est l’épisode qui s’est produit en juillet de cette année. Un Munduruku a été sauvagement assassiné de 21 coups de couteau et de massue qui ont détruit son visage. Le corps de la victime a été trouvé par un habitant dans un terrain vague non loin de la maison de son père. À l’époque, deux des quatre suspects du crime ont été laissés en liberté par la police. L’absence d’enquête et de mesures de la part des autorités fut l’étincelle pour les indigènes furieux qui assiégèrent le commissariat de la police civile de Jacareacanga pour exiger que la police leur permette de faire justice eux mêmes. Le commissariat a été endommagé et incendié par les Munduruku - la ville assiégée.

En 2002, la situation de l’orpaillage dans les terres indigènes était une calamité. Des centaines d’orpailleurs travaillaient dans la clandestinité, vivaient dans les terres indigènes et apportaient avec eux toute une série d’activités perverses. L’exploitation de la main d’œuvre, la domination, les drogues et la prostitution étaient quelques unes de ces activités. C’est alors que les Munduruku ont dû commencer à résoudre la situation par eux-mêmes et qu’ils ont capturé des orpailleurs et des fonctionnaires de la Funai pour faire pression sur cet organisme afin qu’il trouve un accord qui aboutirait au retrait des orpailleurs de la zone.

« Nous savons parfaitement que l’orpaillage, outre qu’il est illégal, est mauvais pour nos rivières et pour nous » explique V. « Il se trouve que c’est l’unique manière que nous avons de survivre ces derniers temps » dit-il. « Mais nous avons toujours voulu en finir avec l’orpaillage. »

Alors V. présente un document, pour lequel aucune publicité n’a jamais été faite par le gouvernement, et qui confirme la volonté des indigènes d’en finir avec l’orpaillage. En septembre 2005, une réunion a eu lieu entre les indigènes Munduruku, Kayabi et Apiaká et diverses coordinations de la Funai régionale et nationale, enregistrée auprès du ministère public fédéral du Pará, dans laquelle les indigènes ont présenté des propositions pour que l’orpaillage soit remplacé par un projet de développement et de génération de revenus pour la communauté. Comme alternative à l’extraction d’or, les indigènes exigeaient de l’aide pour implanter et consolider des projets de « production artisanale, d’apiculture, de pisciculture et d’aviculture, de production de farine de manioc et d’agriculture. Parmi ces propositions, la plus discutée et pour laquelle les indigènes donnaient la priorité était la production artisanale (...) Quand l’Indien part chasser, il récolte des graines, des lianes et surveille la zone » expliquait le document, enregistré auprès de quatre institutions.

« Faisons »

« Avec ces projets, nous allions peu à peu en finir avec l’orpaillage. Mais ils n’ont jamais été réalisés » explique V. Alors les communautés ont commencé à participer directement à l’extraction illégale, avec pour objectif de réduire les impacts causés par cette activité. « Beaucoup de blancs, d’Indiens mouraient, il y avait du trafic de drogue et la Funai ne prenait aucune mesure. Et nous continuions, esclave de l’orpaillage. Alors nous avons pris nous-mêmes des mesures. » V. rapporte que les indigènes eux-mêmes ont établi de nouvelles règles avec les orpailleurs sur le travail dans la région. Ils ont interdit aux orpailleurs de porter des armes, d’apporter ou de commercialiser de l’alcool et des drogues, entre autres choses. Ils ont placé des panneaux dans les communautés pour que tous ceux qui s’y rendaient sachent qu’ils devaient informer ce qu’ils venaient faire. En 2010, la Funai et l’Ibama étant au courant - et donc les ministères de la justice et de l’environnement aussi - ces règles sont devenues un « accord de partenariat pour l’activité minière » entre les indigènes Kayabi et les propriétaires des barges.

Avec l’argent de l’orpaillage, les Munduruku maintenaient une maison de soutien à Jacareacanga. Ils garantissaient la production d’énergie pour le village. « Les élèves qui étudiaient ailleurs bénéficiaient de la mensualité payée par les orpailleurs, et tout ce qui était acheté [avec cet argent] revenait à toute la communauté. L’entretien des équipements du village était assuré de cette façon. Ceux qui travaillaient dans le village étaient payés avec cet argent. »

Outre le paiement mensuel aux communautés par les propriétaires des barges qui exploitaient la rivière, quelques indigènes travaillaient directement sur les sites d’orpaillage. D’autres vendaient des produits comme ceux issus du manioc, des fruits, des poissons ou de l’artisanat. « Aujourd’hui, après ce qui s’est produit, nous n’avons tout simplement plus les moyens de subvenir à nos besoins » se plaint V.

V. explique. Bien qu’il considère cela injuste, V. pourrait au moins comprendre une opération qui se limiterait à détruire les outils d’extraction de minerai. Cependant, il se plaint que « l’action policière n’a pas été seulement contre l’orpaillage. Elle a eu lieu dans le village. Et il n’y avait pas d’orpaillage dans le village. Pourquoi ont-ils donc attaqué le village ? »

Il est donc clair que cette action belliqueuse et offensive ne s’explique pas seulement par la lutte contre l’orpaillage, si l’on considère l’accord cité plus haut et le contrepoint que les indigènes font de la version de la police fédérale - soit l’explication qu’il n’y a pas eu « d’embuscade » des indigènes contre l’opération, comme l’affirmait la police fédérale, pour justifier publiquement l’utilisation de la violence et pour culpabiliser les indigènes. Pourquoi ont-ils alors tué un Munduruku ? Pourquoi ont-ils envahi et terrorisé de manière brutale et désastreuse tout un village ?

V. a une explication. « Nous avons déjà dit [à la Funai et au gouvernement] que nous ne permettrions pas d’étude d’impact environnemental sur nos terres pour les usines hydro-électriques. L’opération de la police fédérale est liée à notre résistance à la construction de barrages. Ils veulent fragiliser les communautés pour qu’il soit plus facile de mener à bien ces projets. Mais nous n’accepterons jamais d’échanger nos terres contre des miettes. Ce qu’ils ont fait ne fait que renforcer notre lutte » dit-il.

I.W est d’accord avec V. « Ils pensent qu’en supprimant l’orpaillage nous n’aurons plus d’argent et que nous serons obligés d’accepter les barrages. Mais nous sommes fermes et nous n’accepterons pas. » Des fonctionnaires de l’organisme indigéniste officiel qui ne souhaitent pas être identifiés pensent aussi que cette persécution est due au fait que les Munduruku sont totalement contre les projets hydro-électriques et fluviaux, et ils indiquent que le village Teles Pires est le principal foyer de résistance.

Les Munduruku s’opposent frontalement à la construction de deux complexes de barrages du Programme d’Accélération de Croissance (PAC) du gouvernement fédéral. Il s’agit des complexes Hydro-électriques Tapajós et Teles Pires, un ensemble de treize usines hydro-électriques prévues dans la région.

Une partie est en train d’être autorisée par l’organisme fédéral responsable, l’Ibama ; une autre par le secrétariat de l’environnement de l’état du Mato Grosso. Le complexe Tapajós est déjà répertorié, mais seules deux des sept usines sont en cours d’autorisation et en phase d’études. Le 21 novembre dernier (2012), la justice fédérale de Santarem a interdit la concession d’autorisation environnementale pour l’une d’elles, à la demande du ministère public fédéral du Pará, alors que n’ont pas été réalisées les consultations préalables des Indiens affectés ni les évaluations environnementales intégrées de toutes les usines prévues pour le bassin du fleuve Tapajós au Pará.

Pour viabiliser les autorisations des barrages sur le Tapajós - et le début de la phase opératoires des usines Santo Antônio et Jirau, sur le fleuve Madeira en Rondônia - la présidente Dilma Rousseff a publié, en janvier, une mesure provisoire qui réduit sept unités de conservation environnementale situées sur des zones affectées par ces projets. Cette mesure provisoire a été transformée en loi en juin, deux jours après la conférence des Nations Unies sur le Développement Durable, Rio+20. Aussi bien la mesure provisoire que la loi ont été contestées par le procureur général de la république, Roberto Gurgel, au Tribunal Fédéral Suprême.

Les indigènes vont à Brasília pour dénoncer l’attaque de la police fédérale

Presque deux semaines après alors qu’ils restaient sans aucune réponse, une commission d’une douzaine de Munduruku, Kayabi et Apiaká - parmi lesquels quatre témoins de l’attaque - s’est rendue à Brasilia. Ils voulaient renforcer les dénonciations des violations au ministre de la justice, José Eduardo Cardoso lui-même ; à la présidente de la Funai, Marta Azevedo ; à la ministre de l’environnement, Izabella Teixeira ; et exiger une enquête et la punition des responsables, ainsi que mettre au point, par l’intermédiaire de ces institutions, une action d’urgence pour la réparation des préjudices causés.

Le groupe n’a été reçu par aucune des trois personnalités. Le commando en pleine « opération Eldorado », qui allait causer la mort d’Adenilson Munduruku.


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Le commando en pleine « opération Eldorado », qui allait causer la mort d’Adenilson Munduruku.

Un groupe de conseillers a reçu la commission. Pendant la rencontre, les indigènes ont raconté les faits, à partir des témoignages des victimes et des membres des communautés.

Ce à quoi le secrétaire de l’articulation sociale du secrétariat général de la présidence, Paulo Maldos, a répondu : « Il y a eu ce problème, vous êtes ici pour nous apporter cette information, et nous le respectons, nous allons la prendre en considération. S’il y a eu un problème de conduite malheureuse, cela sera déterminé. »

Les indigènes ont demandé qui avait réellement autorisé la police fédérale à mener cette action. Un conseiller du ministère de la justice, Marcelo Veiga, a dit ne pas savoir à quel processus judiciaire était liée l’opération Eldorado, mais il a affirmé aux indigènes que c’était une décision de la justice fédérale qui avait été exécutée.

« Nous ne rejetons pas la responsabilité sur la justice fédérale. Il y a une détermination de la justice pour que cette opération soit réalisée. Personne ne ment ici » a dit Marcelo. « Vous ne pouvez pas mettre en doute que l’action en partenariat de la force nationale et de la police fédérale avec la Funai [et les indigènes] est un succès. Ce fut un cas épisodique, et il peut y avoir eu des abus ou non. [Parce que] La police fédérale a préalablement dialogué avec les leaders indigènes [des villages attaqués lors de l’opération]. Nous allons devoir enquêter. »

Funai

Ils ont exposé en détail que sans embarcation, avec la rivière contaminée, sans les outils de chasse et de pêche et sans le revenu de l’orpaillage, les indigènes sont dans une situation d’urgence extrême.

« La Funai est en retard avec ses actions de promotion de la région » a argumenté la directrice de la promotion du développement durable de la funai, Maria Augusta Boulitreau Assirati. « Il n’est pas possible, cette année, de faire une action concrète. Je vais être sincère avec vous. [Mais] la Funai ne va jamais vous refuser l’alimentation de base, si sa nécessité est constatée. »

« Nous savons que le gouvernement a tourné son regard vers toute la région du Tapajós et du Teles Pires » dit Maria Augusta. « Vous nous avez déjà dit plusieurs fois que le gouvernement affirme que les Indiens sont un frein au développement. Le développement ne peut pas être incompatible avec la vie et les modes de vie traditionnels des indigènes » a-t-elle expliqué. « Comme les projets hydro-électriques. Il faut écouter ce que les communautés ont à dire. De la même façon que vous devez écouter la vision du gouvernement. Pourquoi le gouvernement pense qu’il est important de construire des usines hydro-électriques ? Le processus d’autorisation se produit dans ce sens et pour cela. Quels sont les avantages [du projet], quels désavantages apporte-t-il ? »

Les indigènes ont demandé qui était Paulão. Personne n’a su répondre.

Le reportage n’a pas eu accès au rapport détaillé de tous les participants de l’opération, qu’ils soient de la police fédérale, de la force nationale, de la Funai, de l’Ibama ou d’autres organismes qui ont participé à l’action.

Les photos et les vidéos utilisées dans cet article ont été faites par des indigènes Munduruku et Kayabi.

(Source : http://raoni.com/actualites-820.php article original : http://www.brasildefato.com.br/)


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IDLE NO MORE !



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© Osvaldo Duarte/Dourados News

Le 5 novembre 2014 a été retrouvé le corps poignardé de la militante Guarani Marinalva Manoel, dans un fossé au bord d’une route.

Elle a payé de sa vie sa campagne pour la défense des terres ancestrales de sa communauté.

(Source : http://www.survivalfrance.org/actu/10540)


Voir en ligne : Farandole silencieuse en mémoire d’Adenilson du peuple Munduruku, executé par la police militaire au Brésil

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