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Ich bin très gentil. Je ne suis pas un terroriste.

FEUILLETON EPISODE QUATRE

samedi 3 septembre 2016, par Pierre Merejkowsky

« C’est fini le temps des ouvriers et du Jean Paul Sartre debout sur un tonneau entouré de sa clique maoïste qui s’est depuis reconvertie dans la société du spectacle" affirme la bouche anguleuse.


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Image extraite du film « L’abbé Pierre » de et avec Pierre Merejkowsky - Cliquez pour accéder au film.

Dimanche 10 août

La grille est fermée. Un papier gras s’envole. Une tête triste anguleuse s’encadre dans le guichet vitré de la guérite verdâtre. Le papier gras retombe sur l’asphalte. Je frotte mon bas ventre. « C’est pourquoi ? » demande la bouche placée sous la tête anguleuse. Je ne monte pas sur un tonneau. Je ne suis pas entouré par une logistique composée de militants des deux sexes qui auraient pu prévoir de mettre à ma disposition un tonneau. Je ne suis pas non plus armé. Je ne possède pas de port d’armes autorisées. Et d’ailleurs je n’ai pas de tonneau. « C’est fini le temps des ouvriers et du Jean Paul Sartre debout sur un tonneau entouré de sa clique maoïste qui s’est depuis reconvertie dans la société du spectacle, affirme la bouche anguleuse « Et c’est pas pour ça qu’on est inculte et con. D’ailleurs…s’interrompt la poursuit la bouche anguleuse « D’ailleurs ? « Rien » Une voiture de direction non paritaire se faufile entre mon bas ventre et la bouche anguleuse. Le directeur sans képi détache sa ceinture de sûreté. « La rupture amoureuse est un acte politique. La frustration est politique. Ils nous demandent chaque jour d’être en pleine forme. D’être équilibré. Je ne suis pas à la recherche de votre équilibre. L’équilibre ne peut pas exister en dehors de la paix de l’univers, nous sommes l’univers » dis je. Le directeur sans casquette ni képi enfile une paire de lunettes noires. Mes cordes vocales se tendent. Je ne parle pas doucement. « Je n’ai pas à juger le comportement de XX qui a affirmé que j’étais semblable à un petit enfant qui éprouvait le besoin de se faire admonester. « Cette sortie n’est pas une entrée. Le personnel ne sort pas par cette sortie ni par cette entrée, reprend la bouche anguleuse. « Nous ne sommes pas ridicule » dis- je. Le directeur sans casquette ni képi enclenche la première vitesse de la voiture de direction. « Ce que j’ai dit, je l’ai dit. Les ouvriers désormais devront cesser de produire de l’acier. L’acier c’est le char d’assaut, c’est la centrale nucléaire fasciste, c’est la compétition, je ne suis pas la compétition, XX est libre de s’envoyer ou de ne pas s’envoyer en l’air, d’ailleurs… d’ailleurs… je suis ailleurs, nous sommes tous ailleurs. « Le personnel encadrant et encadré quittent le centre de production avec leurs propres voitures en empruntant une sortie qui débouche directement sur l’entrée ouest de l’autoroute régionale » explique la bouche rigide Je ne monte pas sur la chaise. La chaise est posée sur un matelas. La chaise est une chaise en paille. Le matelas est un matelas graisseux. « Désormais les ouvriers du centre de production seront payés pour ne plus produire des voitures particulières ou prioritaires à particules fines. Ils commenceront par ne rien faire et ensuite par ailleurs ils élaboreront un autre progrès, nous sommes des forces de progrès unitaire » dis je d’une seule traite et sans un seul bafouillage.. « Nous ne sommes pas ridicules » approuve la bouche rigide. La voiture de direction allume un feu antibrouillard. J’avale un cachou. Un chat hurle.

Dimanche 10 Août

La grille est entr’ouverte. Un papier gras dépasse d’un carton vide. L’ordre règne. Les caméras de surveillance surveillent. Le lampadaire municipal diffuse une lumière électro nucléaire. Je ne plaisante pas. Je n’ai aucune envie de plaisanter. Trois jeunes stationnent. Les jeunes n’ont pas le droit de stationner. Les jeunes doivent se déplacer. Le stationnement s’apparente à une manifestation sur la voie publique. Je ne suis pas la voix publique. Les trois jeunes attendent. Ils ne stationnent pas. Ils attendent. « Qu’est ce que tu veux ? » demande le premier jeune. « Je m’appelle AC » dis- je. « Tu viens pourquoi ? » demande le premier jeune. « Je ne plaisante pas, je vous demande de m’écouter » dis je. « AC c’est pas un nom ça » ajoute le premier jeune. « Je ne plaisante pas. La Direction du Parti Communiste Chinois a fusillé un potentat local communiste qui avait jeté volontairement des déchets toxiques dans une rivière populaire » dis je « C’est pas que tu nous déranges, mais nous tu vois, la nuit on s’arrête pas, on bosse, on vend pas du délirant, on vend des illusions hallucinées et c’est pas parce qu’on est une bande de jeune post délinquante ou pré délinquante qu’on a pas notre business personnel » poursuit le premier jeune « Je veux acheter une arme » dis je. « Et alors ? » « Alors ? » « Alors ? » répète le jeune postprédélinquant. »Je ne suis pas un halluciné de l’intérieur, un jour dix milles indiens sont descendus de la montagne, il y avait dans la vallée une usine qui leur foutait à tous le cancer, et bien, l’usine, ils l’ont détruit à coup de barre de fer » dis –je. « La violence ne mène à rien. » constate le premier jeune. « Alors, moi je vous le dis, en vérité, il ne faut pas se laisser entuber par les José Bové de service, qui se contentent de démonter poliment un Mac Donald en espérant ainsi se faire passer pour un saint héros biblique que le juge s’empressera de condamner en s’en lavant la main droite afin de faciliter une réinsertion qui se matérialisera par un siège élu au vote majoritaire de député européen » dis je. Un volet s’ouvre. Une tête carrée surmontant un survêtement kaki apparaît. « Le pouvoir dresse sciemment les minorités les unes contres les autres, les prédateurs organisés et élus au vote majoritaire vous laissent vendre de la drogue afin de vous convaincre que l’action collective ne peut être qu’une action commerciale, et non acte d’échanges, d’entraides, et d’amour » dis je en m’asseyant sur une chaise. La chaise n’est pas hallucinée. C’est une chaise défoncée par le temps et l’usure de la solitude. « Tu sais quoi ? On devrait s’associer » reprend le premier jeune » L’état policier prend le prétexte de la lutte contre la drogue pour instaurer une situation de pré guerre civile qui permettra d’inciter les habitants résidents à s’équiper de caméras de vidéo surveillance » « Si t’as besoin de rien, t’es tout de suite servi » affirme le second jeune « Tout de suite servi » confirme le troisième jeune. Je ne reprends pas mon souffle. Je suis encadré par une bande de jeunes. Je n’appelle pas la police municipale. Je ne stationne pas. Mes cours de musculation bi hebdomadaires m’ont donné une hygiène de vie. « Ils ne savent plus où donner de la tête, leur système en générant sans cesse de nouveaux besoins rend nécessaire ce qu’ils appellent la démocratie parlementaire, et pour échapper à cette contradiction, ils vont se suicider entre eux, une aube nouvelle et non irradiée va tous nous surprendre, y compris le José Bové. La parole est une arme, l’arme est un acte. La jouissance personnelle propre à l’hallucination hallucinogène sera remplacée par une jouissance collective armée. Je ne plaisante pas. « Je crois pas qu’on puisse s’associer, dit le premier jeune. « Nous on n’a pas fait d’étude » dit le second jeune. « On est des jeunes » dit le troisième jeune. Dans ce cas pourquoi voulez vous connaître la provenance de cette arme de troisième ou de sixième catégorie posée sous ma brosse chaussures, et contre ma brosse à dents ? Peut être avez-vous peur ? Peur d’un enfantillage à bases de petites culottes et de chauffe aux qui se transformerait en une lutte armée, même pas expérimentale ? Alors je vais vous rassurez. Devant Stalingrad, ou dans le village du Moyen et Haut Orient des policiers armés d’arme de poing de septième catégorie ont tiré avec des armes réelles. Un bain de sang comme ils disent. Aussi je vais répondre à vos intentions bonnes ou mauvaises. Les morts sont morts avec une balle dans la tête. Ou dans le sternum. Ou dans l’anus. Et là, sincèrement, que répondez vous ? Est-il préférable de mourir d’une arme armée dans une exaltation collective ? Ou bien est il préférable, hautement préférable, de se mortifier en regrettant vos orgasmes éthérés ? Qui est responsable ? Qui est irresponsable ? Je n’ai pas peur.

Dimanche 17 août

J’ai peur. D’ailleurs l’origine de ma peur ne vous angoisse pas. Mon angoisse n’agit pas sur vous comme sur un gaz de combat, je ne suis pas un gaz, ni un combattant. Je ne suis pas monté sur un tonneau devant la guérite étroite du centre de production de véhicules légers ou lourds ou blindés. Et pourtant le tonneau et la chaise délaissée vous distraient, vous amusent, vous délassent. Alors bien sûr vous vous esclaffez. Ah ah ah. Ah Ah Ah. Ah Ah et Ah. Et vous n’êtes pas les seuls à vous esclaffez. XX aussi s’esclaffe. AH AH AH. Vous aimeriez bien savoir qui se cache derrière l’identité de XX, pour sans doute ensuite vous esclaffez tout votre saoul. Je ne suis pas saoul. Je ne bois que de l’eau minérale. Et vous pouvez continuer à vous esclaffer. AH AH. Comment est il en effet possible de s’imaginer qu’après tout ce qui s’est passé, il serait encore possible que des grilles puissent s’élever au dessus d’une étroite guérite grise et que des ouvriers débarrassés de la milice patronale fascisante et de la bureaucratie du syndicat acheté par le patronat puissent se lancer dans la construction d’un front uni étudiant syndicaliste intellectuel ouvrier qui mettra fin à l’esclavage des chaînes de montage, au progrès du Taylorisme Stakhanovien bolchévique ultra libéral ou non ? Je suis un clown, un bouffon, voir un poète, c’est cela même un poète. Un poète qui ne réparera pas son chauffe eau. Alors dans ces conditions, il est parfaitement évident qu’elle a eu parfaitement raison…Elle, pas XX, ni ZZ, Elle, elle. Et elle, elle a eu parfaitement raison… Je l’ai rappelée. Elle. Je savais qu’elle ne me rappellerait pas. Pas elle. Mais une autre. Il était inutile d’entretenir des illusions qui à la longue se retourneraient immanquablement contre moi-même, alors dans ces conditions il était parfaitement normal qu’elle me réponde « tu ne m’as pas appelé pendant dix ans, tu m’appelles aujourd’hui, je ne peux pas te parler laisse moi un message ». Je n’ai pas rappelé le peintre de ma connaissance, ni à l’apprentie comédienne, ni à l’ancienne sympathisante d’action directe, ni à la femme non voilée qui a épousé la cause de l’éducation nationale, ni à l’éducatrice de rue, ni à la cousine de ma nièce. Un pauvre hère est sorti de l’église récente. J’ai demandé un verre d’eau. L’apprenti m’a apporté un verre d’eau. Le peintre m’a apporté une bouteille d’eau. J’ai obéi. J’ai laissé un message sur son répondeur. J’ai dit « Je suis désarmé. Je ne suis pas armé. » Une pauvre hère est entrée dans l’église récente. J’ai dit que j’étais envahi par un profond dérèglement nerveux et que j’avais agi par culpabilité, que j’étais coupable et que j’avais peur. J’ai affirmé qu’un maçon et que son apprenti installé sous un chauffe eau immobile m’avaient donné à boire et à manger. J’ai ensuite ajouté qu’un jeune ivrogne m’avait accosté sans aucune forme d’aune sorte de préambule. Je lui avais répondu que je voulais parler à une femme qui habitait dans la capitale Le jeune ivrogne m’avait demandé pourquoi je stationnais devant un arrêt d’autobus à fines particules pré élémentaires face à une guérite étroite alors que la femme que je voulais rencontrer habitait dans la capitale. Je lui ai répondu que je n’avais pas vu depuis dix ans cette femme qui habitait dans la capitale et qu’il convenait parfois d’agir d’une manière qui nous permettait de nous concentrer sur la quête d’une fraternité qui pouvait largement dépasser un délai de dix ans. Et dans le même ordre d’idée, je vous le dis franchement et en ce qui me concerne, je ne suis absolument pas désarmé face aux offres de promotion de nouveaux téléphones mobiles. Je suis parfaitement capable de renoncer du jour au lendemain à consulter ma messagerie sociale privée et personnelle. Je ne souhaite pas particulièrement prendre la parole.

Dimanche 31 août, 16h43

Ils ne me feront pas taire. Je parle. Je continue de parler. La lampe éclaire le carnet sans spirale. Les rideaux sont fermés. La fenêtre est ouverte. Ils dorment. Ils se grattent le nez. Le carnet sans spirale est posé sur la table. Ils baisent. La table est posée sur le plancher. Le plancher ne bouge pas. Le plancher ne pense pas. Je n’ai aucun compte à régler. Je ne suis pas un adepte de vos réglementations internes et de vos règlements externes. Je ne ressens aucune fascination pour le dérèglement nerveux de PM. L’incompétence, les lâchetés liées à des dérèglements nerveux doivent être dénoncées. La survie de la terre passe par des dirigeants compétant. La CGT du non spectacle, le Général de Gaulle, le Parti dit Communiste Français et les oligarques du complexe électro nucléaire fasciste nous ont asséné pendant les trente cinq années glorieuses que l’électricité nucléaire serait une énergie hautement compétitive puisque bassement décentralisée. Et maintenant la compétitivité de la centrale nucléaire il faut la rentabiliser. Le citoyen marié ou divorcé doit payer. Payer et encore payer l’addition du vote majoritaire. C’est-à-dire le coût. Votre coût, le coût du démantèlement du réacteur nucléaire devenu obsolète suite à l’invasion du vivant symbolisé par l’invasion de la bactérie résistante au béton armé de mauvaises intentions et de la pluie chimiquement transformée en eau pure. La fiche sans aucun coût est éternelle. Le nom de PM est à jamais dans le carnet sans spirale.

Dimanche 31 août, 16h45

Le chauffe eau est définitivement démantelé. Il ne produira plus de bactérie résistante à l’acier blanc. La parole n’existe que par la complémentarité du déchet. Je ne suis pas un déchet. Mes dérèglements nerveux sont inscrits dans le carnet à spirales. Elle ne m’a pas dit que je l’avais envahie, mais elle m’a fait comprendre que je l’avais envahie. Les mots ont un sens. La parole a un sens. Je vous envahis. J’empiète sur votre espace. Je modifie par ma seule présence votre environnement. Je vous téléphone dix huit fois de suite entre vingt heures du soir et vingt deux heures de la nuit pour vous demander de me rappeler. Elle n’a pas pu manger son plat de nouilles vinaigrettes. L’intensité de mon débit verbale a rendu impossible le passage des nouilles cuites à la vinaigrette dans une assiette émaillée de Ris Orangis. Son amant potentiel depuis dix neuf ans a exposé les différences entre la perte de la foie apostolique et non romaine et l’espérance perdue en l’URSS, la patrie du socialisme réel et de ses réacteurs nucléaires et ses chauffes eaux communautaires. La lampe basse nucléaire éclaire la table haute. La lampe éclaire les plis de carte routière impeccablement dépliés. Mon index droit atterrit sur la commune Ariégeoise de Verdun.

Dimanche 31 août, 16h47

Une nouvelle fiche, concernant la fiche de PM a été rédigée dans l’instant que cette rédaction imposait. Ils ont déversé des bennes de flotte radioactive dans l’Océan qui borde l’entrée Nord de la Centrale Nipone. Le nom de PM est souligné à l’encre verte. La rubrique profession spécifie que PM exerce une profession d’employé de banque. La rubrique origine indique la mention Juif. La rubrique opinion politique indique Réactionnaire de Gauche. La rubrique interventions militantes spécifie que PM et moi-même AC nous avons attendu le professeur René Dumont à sa descente d’avion à Orly, que nous lui avons proposé d’être le premier candidat écologique aux élections présidentielles de 1974, que nous sommes rentrés dans la deux chevaux privés du professeur René Dumont, que ce Professeur Dumont s’était engagé en cas de réponse favorable de sa part à céder son temps de paroles à la télévision à une série de porte paroles non représentatifs du mouvement et que sa photographie serait absente des affiches électorales conformément à notre refus de recourir à un sauveur suprême. La rubrique fonctionnement interne stipule que PM malgré son incontestable refus des structures des prédateurs encartés ou non, s’est graduellement convaincu de l’existence d’une Femme Suprême (j’ai naturellement ajouté de ma propre main droite que cette contradiction s’expliquait de toute évidence par les origines ethniques de PM), la conclusion numéro une spécifie que PM s’est désolidarisé du comité de soutien de Dumont et qu’il s’est comporté comme le pire des déserteurs en prétendant (à cette époque à tord) que les minorités ne seraient pas représentés dans ce comité. J’ai paraphé la mise à jour de cette fiche d’auto-renseignement non unitaire (l’unité n’est pas le vivant, le vivant est multiple contrairement à l’énergie électro fasciste) Je n’ai pas encore rédigé à ce jour ma propre fiche d’auto renseignement non unitaire. Fiche d’auto renseignement modifiée ici le 31 août à 16h49 A vérifier. Ou à épurer. Ne pas détruire. Jamais. Ni brûler.

Dimanche 31 août, 16h47

La mention manuscrite écrite par ma main droite « Jugement intérieur et définitif » chevauche le tracé en rouge de la route nationale et nationaliste. La sanction sera impitoyable. Je ne crois pas à votre système de vote démocratique majoritaire. En ma qualité de citoyen libre et responsable, je suis le seul dépositaire de mon libre arbitre, et mon libre arbitre m’autorise à formuler les questions et les réponses. Je suis le coupable. Je suis l’accusé. Je suis le procureur. Et il n’y a pas d’avocat commis d’office ou engagé par le dispositif de l’Aide Juridictionnaliste. Je vous envahis. Je vous ai envahi. Je ne respecte pas votre espace vos rêves vos amants potentiels vos tables basses ou hautes les plis impeccables de vos cartes routières internationalistes vos vacances chauffées vos chats familiers ou non. Vos nouilles sautées. Et la pérennité de vos chauffe eaux. Je reconnais les faits. Je ne dois plus laisser dix sept messages sur son répondeur entre huit heures du soir et vingt deux heures en lui demandant de me rappeler quand elle aura le temps ou le désir de me rappeler. Je ne dois pas refuser de dire bonjour à l’architecte qui assure un hébergement non renouvelable contre un versement de six cent quarante trois euros en liquide alors que son agence d’architecture a pour objet de rénover les appartements du pauvre afin de permettre une augmentation des loyers qui attireront une clientèle aisée qui assurera l’élection du maire verdâtre en place alors que dans le même espace temps rénové l’épouse de ce même architecte lassée par le flot de propos mondains ne baise plus rendant ainsi encore plus attrayant le chatoiement du bandeau orange/liberté/téléphone que retient la chevelure de la Karpate provisoirement hébergée. La sanction ma sanction ma faute ma culpabilité me saute au visage. Mon auto-flingage est en marche. Mes actes auront désormais pour seule finalité de contraindre toutes les entités féminines que je fréquente à s’abstenir de toute relation verbale, affective, sexuelle, mondaine avec ma propre personne. L’espace temps de liberté doit être préservé et maintenu. C’est à ce prix que le monde retrouvera une énergie propre, non polluante et sereine.

Dimanche 22 septembre

Le bus à pot anti particules pré élémentaires ne respecte pas le signal d’arrêt du feu de signalisation tricolore de la République fraternelle et indivisible. Je suis dénué de tout sentiment fraternel. Je ne suis pas en campagne pré électorale. Le rayon du soleil n’éclaire pas la banquette en cuir. La réunion des habitants du quartier n’est pas achevée. La réunion des habitants du quartier débute. Ce n’est qu’un début. Je n’ai pas de but avoué. La réunion des habitants du quartier s’achèvera dans trente et une minutes. La vendeuse de bijoux haïtiens boit un lait tiède. Les deux habitantes du quartier grignotent un saucisson basque. Le montant de la taxe d’exploitation des débits de boisson n’a pas été relevé cette année La serveuse a été internée. La femme du boucher a acheté un vélo. « Qu’est ce que tu proposes ? » questionne W. « Que proposes tu ? » questionne la vendeuse haïtienne. « Qu’est ce que tu proposes ? » répète W. « Qu’est ce que tu proposes ? répète la seconde habitante du quartier. « Ton comportement est un comportement de misogyne dominateur » poursuit la première habitante du quartier. « Tu as monopolisé tout l’espace de discussion la semaine dernière » complète W. « Vous partez ? »demande Valérie. Je déroule mon cache nez. J’ôte ma veste une pièce. Je vous présente à tous et à toutes mes excuses. J’ai décidé de mettre un terme définitif à l’empiétement misogyne de vos territoires. Mon chauffe eau est une problématique personnelle qui ne concerne que ma propre personne.

Dimanche 22 septembre

De toute façon il pleut tout le temps, désormais c’est la règle, il pleut, il pleut, c’est pas grave, la pluie je m’en fiche, je n’ai pas envie de parler du temps qu’il a fait, qu’il fait et qu’il fera, la question de votre météo…oui…de votre météo…d’ailleurs…et puis sincèrement, et en toute sincérité, je ne me tiens pas debout dans ce local du groupe jeune verdâtre pour passer le temps, pluvieux ou non. Le soleil apparaît. La jeune militante verdâtre apparaît. La séduction c’est l’opium du prédateur. Un opium destiné à endormir les classes dangereuses qui ont obtenu des classes prédatrices le droit de chasser pendant la nuit du quatre août le lapin et le renard et la belette. La jeune militante verdâtre agite une mèche de cheveux au dessus de son sein d’extrême gauche. Un permanent glisse une pièce de monnaie dans une fente. « Salut » dit la jeune militante verdâtre. « Salut » dit le permanent. « Salut » dis-je « Ta contestation est la marque de ton ignorance » affirme la militante verdâtre. Le permanent trempe son cache nez et son veston d’une pièce dans le gobelet bio dégradable dans le demi - siècle à venir. « Bonjour, je m’appelle AC, bonjour c’est comment votre prénom, bonjour » dis je « Jérôme Jean Robert » répond le permanent « Tu nous as déçu, énormément déçu, tu nous déçois, tu a été un des fondateurs d’un mouvement qui devait devenir par la suite le mouvement de l’écologie politique qui s’oppose aux tenants de l’environnementalisme, tu fait le choix de ne pas partager notre tactique, c’est évidemment parfaitement légitime, mais pourquoi cherches tu à te réfugier dans des attaques de personne, dans des critiques comportementalistes qui ne débouchent que sur des impasses, alors que nous avons tellement besoin de ton expérience. Je ne te comprends pas, je ne te comprends pas » reprend la jeune militante verdâtre.« A tout à l’heure Bertrande » susurre le permanent verdâtre. « Je ne te comprends pas, je ne te comprends pas, je ne te comprends pas »répète la jeune militante verdâtre « La réunion semi plénière » débute à la demi ou au quart » affirme le permanent. « Excuse moi » susurre le permanent. Son index droit effleure le bouton non nacré du chemisier opaque de la jeune militante verdâtre. « Le respect de la vie privée et d’une adresse privée, y compris celle d’un ministre correspond à un droit inaliénable et imprescriptible dans le temps. Il est exclu définitivement exclu que je te communique une adresse privée » « Excusez moi » répète le permanent. La sirène d’alarme du compteur Geiger retentit. « C’est encore l’arrière arrière petit fils de Cohn Bendit qui s’amuse avec l’alarme du compteur Geiger. Le fils est comme le père, il est ingérable, in-gé-ra-ble » s’exclame le permanent. « Je suis désolée, je ne peux rien. Rien. Rien pour toi…Si un jour tu as besoin de mon aide appelle moi…C’est dommage…vraiment dommage, c’est dommage » poursuit la jeune militante verdâtre « A tout de suite Charlotte » dit le permanent « A tout suite Gontran Jacques Albert, ne commence pas la semi plénière sans moi. J’arrive. J’arrive tout de suite » dit la jeune militante verdâtre. La cuisse du permanent effleure ma cuisse droite. « Excusez-moi » dis- je « Il faut tout le temps que son arrière arrière petit fils empiète sur notre territoire, c’est dommage, c’est désolant, réellement désolant » s’extasie le permanent.

Dimanche 20 octobre

Je suis parti. Parti. Vous me reverrez. Ils me reverront. Pourquoi est ce qu’ils me reverront ? Je ne sais pas, mais je suis sûr qu’ils me reverront. La rue monte ou bien la rue descend. De toute façon c’est une rue, une rue avec des maisons et des trottoirs et des poubelles de tri sélectif. La porte de l’immeuble est fermée. Les portes des immeubles sont toujours fermées. Un monde sans porte serait un monde sans porte. Dénué de tout sens, de toute signification. Mon index n’appuie pas sur l’interphone. Ma mémoire a mémorisé le code d’accès de la porte de l’immeuble fermé. L’escalier est un escalier plongé dans la semi pénombre du jour montant ou descendant. Je ne colle pas mon oreille contre la porte de l’appartement. Je ne surveille pas les allées et les venues résidents. Je n’habite pas dans cet immeuble résidentiel et je peux aisément prouver que je ne jouis d’aucun espace privé ou locatif dans l’appartement de AA. AA retire la chaîne de protection de l’appartement de sa grand-mère. (Sa grand-mère n’est pas décédée). Je n’ai pas rendez vous avec AA. AA n’a pas rendez vous avec moi. Nous n’avons pas rendez vous. AA referme la porte. La fenêtre est fermée. Un voisin chante. Le chat avale une arrête de poisson qui lui reste en travers de la gorge. AA glisse son index sur le pelage du chat. « Je ne peux pas être disponible vingt quatre heures sur vingt quatre heures pour gérer tes angoisses » confirme AA. « Tu n’avais pas rendez vous » ajoute AA.« Je suis désolée, j’espère que tu ne m’en veux pas rappelle moi lundi prochain ou plutôt mardi, non mercredi ca serait mieux. Mercredi ça sera parfait » précise AA. Le chat crache son arrête contre mon espadrille gauche. Le voisin éternue. La lumière dans l’escalier est à droite dans la cage d’escalier juste sous la rampe encaustiquée qui conduit les résidents jusqu’à la porte blindée du cagibi privatif qui renferme des brosses et des balayettes attachées dans un seau. Le seau est émaillé d’une teinte anthracite. Un camion poubelle à particules éco responsables ramasse le corps décomposé d’un pigeon. Le poile du chat se hérisse.

Dimanche 20 octobre

La brunette de service à l’accueil n’est pas une brunette, mais une blonde, ou bien je me trompe, ce n’est pas une blonde, mais un blond, aux yeux bleus et passablement délavés, en tout cas n’est pas un militant verdâtre, et encore moins un permanent. Je reconnais ce fait, je n’ai pas rendez vous, je n’ai pas pris de rendez vous. Un voyant jaune s’allume. Un journaliste moustachu pousse un soupire. Le voyant jaune s’éteint. Un coursier dépose un pli non urgent dans une corbeille délimitée par deux anses en osier des îles lointaines. « Je ne suis pas un martyr, je ne suis pas une bombe humaine, je ne pense pas qu’un attentat terroriste contre la somme de votre incompétence sera l’étincelle qui actionnera l’extinction de la totalité du parc électro nucléaire fasciste, je ne suis pas armé, dis je d’une voix posée et extrêmement calme. « Vous avez rendez vous ? » répète distraitement l’interlocuteur blond ou blonde. Deux journalistes enjambent la balayette posée contre la porte d’entrée de l’ascenseur. « Vous n’avez pas rendez vous » constate la tête blonde ou blonde. Une stagiaire en tenue de journaliste d’investigation embrasse la joue droite d’un Chef de Rubrique « Il n’y à l’heure actuelle aucun risque d’attentat majeur contre les installations nucléaires de notre pays, nous avons affaire à une opposition responsable » commente l’interlocuteur blond ou blonde ? Le pas léger d’une vigile sautille sur la moquette collée sur le sol bétonné du hall futuriste de la Rédaction. « Vous avez rendez vous ? » demande la vigile d’une voix légère et presque sautillante. « Vous êtes témoin, je n’ai proféré aucune menace, je ne me suis livré à aucune voix de fait, je n’ai cassé aucune chaise » dis je. « Je suis témoin, vous n’avez cassé aucune chaise » confirme l’apprentie journaliste d’investigation. « Excusez moi je dois répondre au téléphone qui sonne, c’est comme ça le téléphone sonne, et je dois répondre, c’est à sans doute le terrible prix que la démocratie se doit de payer pour générer des organes de presse indépendants » reprend l’interlocuteur brune (? ??). « Et la femme du liquidateur liquidé à Tchernobyl et décoré de l’Ordre de Lénine, elle aussi elle fait partie du paquet cadeau de votre démocratie ? dis je en renversant sciemment et consciemment la pile de trombones à coulisse. La fine main d’un élégant journaliste se pose aussitôt sur mon avant bras. « Edmond Charles Édouard responsable de la rubrique catastrophe naturelle, vous cherchiez à me joindre ? » demande aimablement le responsable de la rubrique catastrophe naturelle. « Même pour une menace il faut prendre rendez vous, c’est injuste mais c’est comme ça le jour où la justice aura été votée au parlement vous aurez le droit de parler à un chef de rubrique sans prendre rendez vous » ajoute la vigile de son ton léger et tout aussi sautillant. Le voyant jaune s’allume. L’index posé sur le bouton d’appel de la ligne directe atterrit sur une enveloppe à soufflet. L’enveloppe à soufflet est une enveloppe à soufflet de couleur marron pêche.

(à suivre ...)

Voir en ligne : l’abbé pierre (c’est moi)

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l'aube

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