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lettre ouverte aux professeurs d’art plastique

Ennui debout

vendredi 4 novembre 2016, par Pierre Merejkowsky

Le souvenir le plus précis de ma scolarité est celui de l’ennui.

Lettre ouverte destinée plus particulièrement aux professeurs/intervenants dans les Écoles d’Art Plastique :

Pas un ennui passager, de circonstance, mais bien un ennui profond.

Un ennui profond qui devait préfigurer l’apprentissage de la vie en entreprise, avec son sa hiérarchie incompétente fondée sur sa batterie de certitudes.

Heureusement et en ce qui me concerne, cet ennui fut annihilé par les AG, les blocages, les manifestations, et l’organisation de contre-courts fondés sur l’entraide, et non sur le mérite et sa note.

Ce souvenir d’ennui à visée pédagogique se trouva par la suite confirmé par mon cheminement d’artktiviste.

Les professeurs, intervenants que je rencontre sont en effet unanimes : les élèves, leurs élèves sont infantilisés par les jeux vidéos et sont de ce fait sous politisés, et incapables d’initiative personnelle.

C’est ainsi qu’un ex producteur cinéaste d’Arte affirma depuis la table ronde que nous partagions, que je développais des concepts beaucoup trop compliqués pour les lycéens présents, qu’un professeur de DEA me présenta à ses élèves comme un cinéaste important, empêchant ainsi tout échange égalitaire avec ses élèves, qu’un espèce de sous agrégé m’affirma lors d’une occupation de la fac Tolbiac que les étudiants grévistes étaient des veaux incapables de s’abstraire des démagogues, qu’un directeur d’une école de cinéma dégota un billet A.R. en avion de 800 euros pour me permettre d’intervenir dans une classe de cinéma, et qu’un quarteron de profs /intervenants en art plastique, membres d’un collectif expérimental, affirmèrent que les vidéos de leurs élèves ne dépassaient jamais une durée de trois minutes, puisque leurs têtes vides étaient formatées par les animateurs de la télévision.

Aussi je tiens à souligner que mon témoignage s’inscrit en faux contre cette vision consensuelle de notre Jeunesse Française.

Des étudiants venus de plusieurs Écoles d’Art ont participé à l’occupation de l’École d’Art d’Avignon.

Ils ont produit durant cette occupation, en liaison avec des NuitsDeboutistes, des performances dans une manifestation unitaire contre la loi Travaille 49-3.

Un film (d’une durée supérieure à trois minutes) a été réalisé.

A la suite de cette expérience, hors cursus universitaire, ces mêmes étudiants ont organisé une série de workshop (ateliers) à Paris.

Ils ont pris contact avec les responsables de l’ancien hôpital Baudelocque, promis à une revente à la coupe, et de ce fait provisoirement confié à des artistes en résidence.

Ils se sont logés dans des tentes, se sont fait à manger, ont organisé une série d’ateliers, et ont élaboré collectivement dans leurs AG quotidienne les gestes de leur workshop.

A cet effet, ils ont mis en place des actes désintéressés dans leur zone d’intervention temporaire ainsi constituée. (Intervention musicale dans le métro, écriture de compte rendu mêlant la fiction à la réalité, conférences, compositions collectives). Ils ont également évoqué une suite de leur workshop autour de la question de l’utilisation d’une cagnotte (les frais ayant été moins importants que prévus), et d’une nécessaire rotation des « responsabilités » qui ne devaient pas rester concentrée dans les mêmes mains.

J’ajoute, qu’à la suite de la projection de film Moi autobiographie, 16 ème version, diffusé en plein air, sur un drap, j’ai tenu à souligner qu’un mouvement comme un film devait s’attacher à une trajectoire, et non à un but.

La visibilité, l’efficacité, prônée par le seul souci de la communication étant à mes yeux les pères spirituels des bombes humaines, et de leurs commanditaires.

Cette conversation a débouché sur une interrogation générale concernant les rapports de ce workshop et de l’institution, rappelant ainsi que la projection d’un film, et que la présence d’un « artiste », étaient le matériau d’une réflexion collective qui excluait de placer l’artiste sur un piédestal de circonstance.

La conclusion s’impose.

Cette nouvelle zones d’intervention temporaire et itinérante, fondée par un collectif d’étudiants d’École d’Art, n’a aucun point en commun avec la délivrance du diplôme de l’École d’Art qui permet à l’intervenant prof d’art de justifier sa fonction, puisque selon sa grille de lecture les jeunes étant apathiques, sous politisés, et individualistes, il est donc nécessaire de leur donner un cadre fondé sur la liberté, la réflexion, la confrontation, qui dépend bien entendu du seul règlement intérieur de l’école d’art, initié par le règlement général de copropriété, ayant pour intitulé les termes de « liberté égalité fraternité ».

J’ajoute enfin, que cette zone d’intervention temporaire est la preuve des mensonges de nos élites qui, en se complaisant dans la certitude que leurs morts rendront à jamais invisibles leurs pensées, préfèrent se convaincre que la jeunesse actuelle sera incapable de poursuivre les actes contestataires de leur jeunesse passée.

Pierre Merejkowky, délégué non national du site mouvement osez le socialique.



Lycée Buffon par Lartmement


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